ILIE ,LE VIEUX
CENTENAIRE
Le grand homme tout de noir vêtu ,
Prosterné devant la croix en bois
De l’église ;
Il nettoie le tour des tombes sans âge,
Les couvre des roses bucoliques,
Avec des étoiles sur les épaules .
Son manteau épais
Répand cette odeur aigre
De cheval sauvage.
Le centenaire geint
Et tourne le dos,ses yeux secs,
Quand les pleureuses ,
Les têtes secouées entre les mains
Entourent le mort à visage découvert.
Il chasse les mouches insolentes ,
Regarde sans les voir
Les visages des vivants .
Les veillées funèbres-
Des longues alluvions de larmes
Couvrent les masques allongés
De tristesse,
A l’heure du coucher du soleil ,
A son point de rupture,
Quand tout le village se signe
Au son de la fanfare,
A tombeau découvert …
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CŒURS MENHIRS
Parcourir la vie,ses plages de sel
Les parents tirent des signaux d’alarme
Sur les cordes de l’exil-
Une nouvelle vie dans un clin d’œil
Cyclonique.
Blottis, un peu ridicules
Avec leurs coeurs –menhirs de rubis ,
Les parents ensevelis de soucis
Poursuivent l’envol
De leurs fils prodigues ;
Ils se signent souvent
Dans la petite église
Et allument,
-Quelque temps soulagés-
Des interminables bougies
En cire jaune…
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HORA LA RONDE
La fraîcheur ,les rythmes des corps
Ondulés , fusionnels-
Femmes lianes ,femmes gazelles
Avancent
Leurs mains sur la taille,
Augmentent la cadence,
Leurs hanches de granit
Grisent les sabots des hommes
Enivrés,insolents,
A l’allure fière…
A la saison des amours,
A la lisière incendiée
Des forêts séculaires,
Des jeunes pucelles
Prennent contour virginal
Dans les matrices de noces.
Les matins, dans les champs
On trouve l’herbe brûlée
Par endroits
Sur les pas de la Nuit,
En cercles parfaits,
Sur la terre séchée,
Les méchantes fées-
Ïéléléés-
Ont dansé affolées
Toute la nuit,
Sont tombées de fatigue
Dans de mystérieuses transes
Aux cendres mêlées…
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CASA
Chercher la petite forêt vierge,
Ses sentiers ,les champs,
Les coquelicots voltigeurs du savoir,
L’Union vitale avec les étoiles
Le ciel transparent et tournant.
Toucher l’arbre berceau et tremplin
Vers les fruits aigres ,succulents,
Ecrasés à la hâte sur la langue.
Leur chair et leur sang végétal
Ouvrent les portes des rivages,
Des rêves ensorcelés.
Revoir le puits encerclé de fougères,
Miroir et pouvoir si fidèles
Aux interrogations enfantines.
Revoir la petite chaumière
Bleu,blanc ,ciel ,
Etre fasciné par les mains et les pieds
De la vieille femme à l’aube
Qui pétrit la terre grasse et la paille
Dans l’eau de source,
Et couvre de caresses les trous
De la maison automnale
Qu’elle connaît par cœur.
Elle revêt de cette éternelle
Pommade de boue,
Séchée au soleil et à l’air,
Et peint en bleu blanc ciel
Avec une pose appuyée, de la chaux-
Croûte étincelante pour cet ancien
Vaisseau spatial
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LA VEUVE
Un four à pain en pierres noircies,
Une porte foncée en bois marron,
Une cour où des coqs fiers
Se baladent dans la boue,
Un seuil devant lequel on s’essuie
Sur le tapis de corde
Dans le vent,
La vieille femme se fraie un chemin-
Une lionne abattue
Qui voudrait mordre des morceaux
De lune rajeunis…
Les yeux ne regardent plus vers le ciel.
Il y a cent ans,
Le jour des noces,
Le coq a été sacrifié
Sur le seuil de la maison,
Eclaboussée de sang,
Qu’elle reste debout.
L’été est mort , la maison se tait,
Paralysée,
Comme la truie qui pressent
L’Heure du sacrifice sur le lit de paille.
Cette femme sèche ne se plaint
Toujours amère, un peu folle d’ailleurs ,
Parfois hystérique,
Elle se nourrit à peine,
Courbée sur son tabouret trop bas,
Toujours à l’écart…
Des miettes tombent
De la polenta froide
Ecrasée entre ses doigts fébriles
Et répandent jusqu’à moi
Les messages codés ,pétrifiés ,
De la solitude
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PLUIE DE FARINE DE MAÏS
Monter les poneys de l’innocence,
Boire la mousse chaude du lait
De Florika –une bonne vache
Du hameau
Croquer les pommes acidulées
Caresser les truites nacrées
Sous les grosses pierres
de la Rivière argentée,
Galoper sur les tas géants
De brassées de chanvre
Rangées
Dans le lit de l’eau avenante,
Faire exploser les couleurs
Des tapis fleuris , adoucis
Dans le tambour du vieux moulin,
Humer le pain sacré
A peine sort du four .
La vieille femme noire ,
Toute de noir vêtue
Parle toute seule,
Verse depuis toujours
Dans l’eau salée
Un pluie ensoleillée
De pétales de maïs,
Les petits sauvageons
Ont si souvent faim ,
La polenta doré et moelleuse
Brûle, impitoyable,
Leurs tendres palais…
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PATER NOSTRUM
D’abord tu étais ce sapin vert,
Ce torrent de mots
A la saveur des mûres sauvages,
Le chef de la ronde
A la fête du hameau
Le Crieur si bavard
Sur la scène naïve de ta vie:
“Celui qui danse
et ne crie pas
il a dans la gorge
de la polenta!”
Petit refrain ,ton odyssée
a tapé dans l’oeil du soleil
Paysan, voyageur serein,
Lassé des brebis infernales
Arrivé candide aux portes
de la ville
En sandales
Pour toucher exalté des pneus
lourds,
Des cabines métalliques
sales,
et envoyer au village
des kilos de maïs ou de sucre
Amoureux de madame Bovary
prolétaire
Que tu appelais “ma hongroise”
Elle qui fondait toujours de plaisir-
L’anonyme championne
des énormes
Et savoureux choux farcis…
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INCANTATION
Cœurs pairs,veillées d’étoiles
Faites disparaître les mauvais instants,
Brûlez- les au-dessus de la terre.
Pâles lumières
Pourchassez,jetez les faux soleils,
Les frissons troubles,les heures en cendres,
Les nuits fantômes sans voix.
Que disparaissent,
Le cœur vide.
Le sang malade dans les visages de cire
Le mauvais œil.
Sortez les griffes de ce cœur aveugle,
Cette voix éteinte,ce corps meurtri
Cœurs pairs ,veillées d’étoiles
Préparez un temps éclairci
Des pensées blanches dans la poupée
De chiffon qui va brûler
Avec les serpents de la douleur.
Maudite complainte,
Que la terre devienne verte
Autour de ma taille !
Que ton amour vienne me voir
Et me boire !
Cœurs pairs ,veillées d’étoiles
Rapprochez vous et mettez moi
Les couronnes de ces astres
Enivrants
Que les bonnes étoiles
Me repandent très loin
Comme la plus heureuse
Des poussières
De cette galaxie .
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LES IMMORTELS
Des heures blanches,
Les tempes de neige,
Les deux petits vieux caressent
Des dizaines de lapins blancs
Dans leurs yeux rouges,
Cachés dans la verdure
Fraîchement fauchée,
Palpite la flamme
De la peur de l’homme.
Les deux petits vieux
S’appuient l’un sur l’autre
Inséparables,
Ils les regardent,
Ils comptent les petites bêtes,
Enchantés.
Edentées,
Leurs bouches égrènent
Des sourires humbles
Et simples ;
Deux enfants,deux poupées ,
Des robots en pantoufles,
Tant de petits pas
Dans leur cour
D’un bout à l’autre du monde…
La vieille dame
A des œufs frais dans les poches.
Lui ,ramasse doucement
Les noix tombées
Sous le noyer géant.
Ils se reposent un court instant
Sur le vieux banc
Ils se serrent ,ils fondent
L’un dans l’autre,
Meurent et ressuscitent
Vers la vie éternelle…
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ENFANT DU VENT
Il tend son gobelet
En plastique.
Il a 7 ans et 7 centimes
Là-dedans,
Des pièces cuivrées et le blâme
Ou l’indifférence
Des passants
Si pressés si absents.
Lui,il respire, tranquille,
Il joue
Et compte naïvement
Les pots d’échappement.
Il tourne la tête
Dans tous les sens
Parfois il a comme un mal
Au ventre.
Des messieurs pourraient
Venir
L’embarquer soudainement ;
Cet enfant roumain et tzigane
S’accroche.
Il tient bien le gobelet
Il n’est pas étonné d’être là
Il vient à peine de quitter
Les jupes de sa mère mendiante ;
Il attend que son gobelet
Soit rempli,
Petit lutin des boulevards
Un quelconque sale gosse ,
Rieur et craintif…
ANGELA NACHE-MAMIER
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